Un système gagnant-gagnant pour l’environnement et les communautés

Une nouvelle étude montre le potentiel de développer l’agroforesterie dans les environs de la réserve de la biosphère de Yangambi

Kisangani, RDC – Pour les populations riveraines de la réserve de biosphère de Yangambi, située au nord de la République démocratique du Congo (RDC), l’agriculture constitue la principale activité économique et le plus important moyen de subsistance. C’est pourquoi la promotion de systèmes agricoles écologiques, au bénéfice des communautés locales, est l’une des principales priorités du projet Formation, Recherche, Environnement dans la Tshopo (FORETS) financé par l’Union européenne, et mis en œuvre par le Centre de recherche forestière internationale (CIFOR).

L’agroforesterie, une technique agricole qui favorise l’intégration des arbres dans l’agriculture, pourrait contribuer à préserver la fertilité des sols, prévenir l’érosion, conserver la biodiversité, et faire face aux aléas climatiques comme les inondations. Cela pourrait aussi favoriser la diversité nutritionnelle et l’augmentation des revenus des populations. Cependant, une nouvelle étude menée par le Centre mondial de l’agroforesterie (ICRAF), l’un des partenaires du CIFOR, montre que malgré les bénéfices potentiels jusqu’au présent l’agroforesterie n’est pas une pratique courante dans la région.  

Selon les recherches, effectuées entre avril 2017 et mars 2018, actuellement les paysans assistent à des très faibles rendements dans leur système d’exploitation agricole, suite à la perte de fertilité des sols causée par des mauvaises pratique. L’agriculture présente ainsi peu de valeur pour les agriculteurs.

Dans ce système agricole, il y a aussi une faible intégration des arbres, en dehors de quelques arbres fruitiers majoritairement dans les jardins de case. « Lors de l’ouverture d’un champ pionnier, les agriculteurs choisissent de garder seulement quelques pieds d’arbres utiles, comme des arbres à chenilles », explique Emilie Smith Dumont, la chercheuse principale de l’étude. « Par ailleurs, ces arbres tendent à disparaitre suite aux rotations consécutives sur la même parcelle », ajoute-t-elle,  ce malgré les efforts de protection des arbres comme les pare-feus que nombreux des agriculteurs pratiquent. Considérant que la moitié des paysans déclarent avoir ouvert de nouvelles parcelles agricoles aux fronts pionniers dans les trois dernières années, cette pratique a un impact environnemental élevé.

Il est également important de souligner que l’agriculture représente entre 70 et 85 % des revenus pour plus de trois-quarts des ménages dans la région. Les opportunités économiques sont rares et une majorité de ménages connait des périodes d’insécurité alimentaire. Par ailleurs, plus de 80 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté. Alors l’agroforesterie peut non seulement devenir une solution pour préserver l’environnement, mais aussi une stratégie pour favoriser la diversité nutritionnelle et l’augmentation des revenus des populations.

« Garder les arbres à haute valeur économique comme les fruitiers, les arbres à chenilles ou les espèces pour la construction peut donner un revenu supplémentaire aux familles » dit Todd Rosenstock, aussi chercheur à l’ICRAF. « L’agroforesterie peut contribuer à atténuer les pénuries d’éléments nutritifs pendant les périodes de récolte et les périodes de soudure, ce qui contribue à une alimentation diversifiée ».

Sur la base de leurs résultats, les chercheurs suggèrent d’intensifier des jardins de case et d’encourager l’agroforesterie dans les champs, promouvant certains arbres et réhabilitant les zones dégradées. « En pratique, cela signifie principalement la mise en place de pépinières communautaires pour la production et la distribution de semences d’arbres diversifiés, et la formation sur la multiplication et la gestion arboricole », explique Smith Dumont. Cependant cela requiert des changements dans les normes et les pratiques de préparation champêtre, qui limitent l’usage du feu et puissent contribuer à la sédentarisation des agriculteurs à travers l’intensification agro-écologique.

« L’agroforesterie peut contribuer à préserver l’intégrité de la réserve de biosphère de Yangambi en augmentant les retombées économiques positives pour les populations locales, ce qui est juste l’objectif principal du projet FORETS », affirme Paolo Cerutti, le coordinateur du CIFOR pour le projet, en soulignant l’importance des résultats de la recherche. « Le développement de l’agroforesterie sera alors une priorité pour le projet, afin de valoriser durablement la production agricole et forestière au bénéfice des populations autour de la réserve de biosphère de Yangambi ».

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